Ouvrir notre présent

C’est un fait reconnu, le présent s’impose de plus en plus comme la valeur centrale du temps. Pendant des siècles, on a cherché dans le passé les repères pour écrire l’avenir. Puis c’est l’avenir  qui a été investi de toutes les espérances : le progrès, dont on attendait tout, donnait au temps son orientation. Mais l’histoire est devenue le fossoyeur impitoyable de ces idéologies du progrès, à cause de l’immense capacité de nuisance de l’égoïsme humain. L’avenir est chargé désormais de plus d’incertitudes que d’espérance. L’horizon se réduit au court terme. Sans ancrage dans le passé, sans ouverture sur l’avenir, le présent doit trouver en lui-même sa signification.

Faut-il y voir une chance ? Certains chantent la liberté d’un présent sans attache, qui ne doit rien à personne et n’a aucune obligation d’avenir. Mais ce présent, qu’il soit insouciant ou désabusé, ne peut éviter les rendez-vous d’avenir, telle la cigale de la fable, lorsque l’hiver succède à l’été. D’autres font de ce présent sans attache une force de frappe pour imposer leur volonté immédiate ou leur « vérité » du moment. Mais les réveils peuvent s’avérer, là aussi, douloureux, à l’image des conséquences du Brexit dont les arguments croyaient pouvoir faire fi des considérations d’avenir.

De plusieurs côtés, des voix s’élèvent pour s’inquiéter des effets de ce présent sans attache. Ne favorise-t-il pas des réactions où l’impulsivité prime sur la réflexion, et la réactivité immédiate sur l’action appropriée ? Singulièrement, ce présent sans attache place aussi le « moi » au centre, qu’il soit individuel ou communautariste. Car quelle autre instance subsiste que le « moi » lorsqu’il n’y a ni l’héritage, ni la redevabilité ?

La foi chrétienne s’inscrit dans un temps long. Elle se déploie dans une histoire qui parle de création, de chute, de rédemption. Nous nous savons héritiers d’un projet qui a traversé les siècles pour nous rejoindre. Nous sommes ainsi riches d’un ancrage, mais aussi de modèles signifiants à méditer sans cesse, reçus par l’Ecriture. Cet héritage n’et pas un enfermement, mais une richesse qui permet d’avancer dans l’espérance et l’ouverture au large projet de Dieu, mais aussi dans l’humilité et la persévérance du quotidien.

Notre présent ? L’apôtre Paul nous invite à en parcourir, incessamment, toutes les dimensions : « Comprenez, avec tous ceux qui appartiennent à Dieu, quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur. » (Eph.3.18). Une belle différence à incarner, humblement, généreusement…

 

Thierry Huser.